Faces of the Border Project


Selon la North Border Institute, entre 50 000 et 60 000 personnes traversent la frontière séparant les Etats-Unis du Mexique quotidiennement. Ouvriers, étudiants, artistes, touristes.. Chaque matin et chaque soir, le poste de frontière de San Ysidro, entre Tijuana et San Diego, se transforme en défilé de couleurs, visages et personnalités. Ce sont eux qui sotn les premiers affectés par chaque décision de la Maison Blanche, et pourtant, ce sont ceux que l'on entends le moins. Voici quelques unes de leurs histoires, à lire en légende des portraits. 









Francisco, 74 ans

"Depuis 40 ans, je travaille comme réceptionniste dans un hôtel à côté de l’aéroport de San Diego. Je m’ennuie vraiment au travail, alors dès que j’ai un jour de congé, je traverse la frontière pour passer aller déambuler seul dans les rues de Tijuana. J’adore les odeurs, les habitants, la nourriture, le style de vie.. J’attends ce genre de journée toute la semaine. Cela fait maintenant 30 ans que j’ai pris cette habitude.










Alerme, 20 ans

"Je traverse la frontière 5 fois par semaine, le matin et le soir, de lundi à vendredi avec ma petite sœur. Je me reveille à 5 heure du matin, prends ensuite le tramway et me rends en cours à Chula Vista, au sud de San Diego, où j’apprends le métier d’assistante dentaire.. Toute ma famille habite à Tijuana, c’est dur de passer du temps avec eux mais nous n’avons pas d’autres choix, vivre à San Diego est bien trop cher.. Je serai diplomé dans 2 semaines et mon rêve est de trouver un travail ici, aux Etats-Unis."









Efrain, 36 ans

"En décembre 2016, j'ai tenté de traverser la frontière pour rejoindre ma famille aux Etats-Unis. Notre groupe s'est fait arrêté par la Border Patrol, qui nous a renvoyé au Mexique. Une fois de retour à Ciudad Juarez, le cartel local m'a kidnappée, persuadé que j'avais fait fortune aux USA et revenais riche. Ces hommes m'ont poignardé et battu jusqu'à ce que je m'évanouisse. Ils ont ensuite exigé une rançon de 10 000 $. Ma famille ne pouvait pas payer : ils m'ont finalement laissé pour mort dans le désert."










Maria, 20 ans

"Je traverse la frontière chaque jour pour aller travailler. Comme beaucoup de mes amis, je suis serveuse dans un restaurant à San Diego. Chaque matin, je laisse mes 2 fils et mon mari à Tijuana pour venir aux Etats-Unis. Je déteste mon travail, certains clients sont racistes et font des remarques sur mes origines mexicaines. Mais je n’ai pas le choix, je dois faire vivre ma famille, et pour ça je travaille du lundi au dimanche. Mon mari prends soin des enfants durant la journée.. Même si mes débuts ont été durs, je pense me suis finalement habitué à cette vie entre deux pays."









Chavarin, 53 ans

"C’est la première fois que je retraverse la frontière depuis 3 ans. Je suis secrétaire dans une école primaire à Rosarito, au sud de Tijuana. J’ai économisé pendant plusieurs mois pour venir ici à San Diego rendre visite à ma sœur et à mon neveu. Je me rends compte que je préfère vivre au Mexique. J’ai l’impression qu’ici, les gens courrent et travaillent sans arrêt, sans prendre le temps de profiter de la vie. Je ne pourrai pas m'installer ici : les couleurs, la musique, la plage et la nourritre mexicaine me manqueraient trop."









Alfredo, 55 ans

"Je travaille en tant qu’ouvrier en bâtiment à Riverside, au Nord de San Diego. Je vis seul, ma femme et mes 3 enfants habitent à Tijuana. Je leur envoie autant d’argent que possible chaque mois, pour leur permettre de vivre décemment et donner à mes enfants l’opportunité d’étudier. Je mets un peu d’argent de côté pour pouvoir leur rendre visite une fois par an durant 2 semaines. Là, je rentre tout juste aux Etats-Unis après avoir passé 15 jours avec eux.. C’est magique. Maintenant je vais retourner chez mois, et attendre l’année prochaine pour les voir. Je ne me plains pas : grâce à dieu, j’ai un travail, un famille magnifique et une endroit où dormir »









Steven et Brooklyn, 39 et 27 ans

2 fois par mois, nous traversons la frontière pour rendre visite à nos amis à Tijuana. Brooklyn est peintre en bâtiment et je bosse de mon côté en tant que sableur au port de San Diego. La vie devient inabordable ici, alors on apprécie les prix au Mexique, ça nous permet de vivre un peu mieux. On est aussi lassés des rues propres et inanimées de San Diego, descendre à Tijuana nous fait prendre un peu d’air frais..









Eduardo, 67 ans

" Il y a 6 mois, à Tijuana, je me suis fais attaqué dans une ruelle de nuit. On m’a pris mon portefeuille et ma green card. J’ai ensuite tenté de revenir aux Etats-Unis sans elle : la Border Patrol m’a laissé passer, voyant mes problèmes pour marcher à cause de ma jambe blessée et de mon diabète. Depuis, je ne peux plus retourner au Mexique voir mes proches. Alors pour tuer le temps je viens là, au poste de frontière, pour discuter avec les gens et écouter ma musique."









Eddie, 65 ans

"J’ai travaillé toute ma vie en tant que croupier dans différents casinos en Californie. Aujourd’hui, avec ma retraite, je touche à peine 700$ par mois, et ne peux m’offrir un appartement ici, à San Diego. C’est un horrible sentiment que d’avoir travaillé pendant 40 ans pour l’économie américiane et de finalement avoir à s’exiler dans un autre pays faute d’argent. Alors, depuis 3 ans, je traverse la frontière chaque jour, pour voir mes amis, regarder les match, déjeuner etc.. Et chaque soir, je dois faire la queue pendant des heures pour revenir au Mexique et rentrer dormir dans mon petit appartement. Je ne peux même pas m’acheter mes médicaments ici aux Etats-Unis, car la boite coûte 30 $.. Alors je prends ces pilules oranges que je trouve à Tijuana pour 1$. Je ne sais pas vraiment ce qu’il y a dedans, mais ça aide à calmer la douleur. Si vous saviez comme je suis dégouté des Etats-Unis. »









Jeanett, 31 ans

"Cela fait 7 ans que je n’ai pas serré ma mère dans mes bras. En 2010, Après des années à vivre ici à San Diego, la Border Patrol l’a empeché de revenir aux Etats-Unis pour des « raisons administratives ». Je vis ici avec mon frère Oscar et mes 4 sœurs. En tant qu’ainée, j’ai pris la place de ma mère et veille sur eux. Nous pouvons rester ici aux en Californie sous certaines conditions imposées par le gouvernement.. Nous ne pouvons pas aller voir notre mère à Tijuana : nous avons bien trop peur de ne pas pouvoir retraverser le frontière et revenir aux US. Notre seule possibilité pour la voir est de venir ici, au Border State Field Park, chaque week-end, pour l’apercevoir entre les barreaux pendant une petit heure.. »

Using Format